Présentation du cornet à bouquin

Cornets à bouquinLe cornet à bouquin est l’instrument mis à l’honneur par Jean Tubéry.
Loué comme l’instrument le plus proche de la voix humaine, le cornet constitue un témoignage essentiel pour l’art vocal du premier baroque.

Bien que l’essentiel du répertoire soliste pour cornet se situe dans l’Italie du Primo seicento, Jean Tubéry ne s’y limite pas et se passionne à redécouvrir tout un répertoire beaucoup plus large où le cornet est le frère jumeau de la voix dans la polyphonie. Ainsi, les œuvres jouées au cornet à bouquin par Jean Tubéry vont de Palestrina, Gabrieli, Monteverdi, Cazzatti, Bassani, Scarlatti, etc. jusqu’à Jean-Sébastien Bach.

  

Des instruments à vent*

Expliquer la figure du cornet à bouquin, sa matière, sa construction et son usage :

« Les musiciens ont inventé plusieurs instrumens pour les mesler avec les voix, et pour suppléer  le défaut de celles qui font la basse et le dessus [1] , car les chanteurs qui ont des basses assez creuses [2] sont fort rares, c’est pourquoy l’on use du basson, de la sacqueback (sic) et du serpent, comme l’on se sert du cornet pour suppléer les dessus. Le dessus de cornet est plus en usage que les autres parties [3], à raison que l’on en use dans les concerts des voix, et avec l’orgue pour faire le dessus, lequel est ravissant quand in sçait sonner [4] en perfection, comme le sieur Quiclet (…)
Le son du cornet est fort esclatant, car son creux [5] va toujours s’eslargissant peu à peu jusqu’à la pate [6]. Afin qu’il imite la voix et la plus excellente méthode de bien chanter, ceux qui en joue parfaitement en addoucissent le son tant qu’ils peuvent, d’autant qu’il est un peu rude naturellement; l’on peut tellement en adoucir le son, qu’il ne s’entendra pas d’avantage que celui d’une fluste.
Il y a des cornets tous droits, qui sont d’une seule pièce de bois, au lieu de ceux qui sont courbez, sont faits de deux pieces de cornier, de prunier, ou d’autre bois bien sec; ils se peuvent faire d’yvoire, et d’un bois appelé sandal cytrin, qui est odorifirant, et de toutes autres sortes de bois, comme les autres instrumens à vent. Or l’on a coustume de couvrir les cornets de cuirs, autrement ils se gasteroient trop aysément, à raison de leur délicatesse [7] ; quoy que cette couverture ne les rende pas meilleurs.
Quant à la propriété du son qu’il rend, il est semblable à l’esclat d’un rayon de soleil, qui paroist dans l’ombre ou dans les ténèbres, lors qu’on l’entend parmy les voix dans les Eglises Cathédrales, ou dans les chapelles… »

*extrait de MARIN MERSENNE, HARMONIE UNIVERSELLE, PARIS 1636


[1] càd soprano
[2] càd profondes
[3] càd haute-contre, taille et basse de cornet
[4] jouer
[5] sa perce
[6] l’extrémité inférieure
[7] càd finesse