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Le programme proposé par l’Ensemble La Fenice nous fait pénétrer dans l’univers captivant des affetti musicali , tels que les virtuoses compositeurs du Primo Seicento les ont exprimés et dévoilés à la naissance du baroque.
Le stil moderno qui en résulte se décline sur le langage pictural du chiaroscuro ou clair-obscur, dans lequel le contraste est l’élément déterminant d’un discours toujours renouvelé, en évolution par rapport à l’homogène fluidité de la polyphonie de la génération passée.
Cet art du contraste fut présent tant au niveau formel que rhétorique de l’écriture musicale : les concepts de fondamento et ornamento apparaissent en miroir du mouvement humaniste perpétré par les cénacles florentins, désireux de révéler l’harmonie entre corps et âme, dans la lignée platonicienne de la Renaissance.
Le premier oratorio de l’histoire de la musique voit le jour en 1601, et il n’est pas le fruit du hasard qu’Emilio Cavalieri ait intitulé son œuvre Rappresentazione di anima e di corpo
Le concept d’anima e corpo se voit alors conjugué à tous les niveaux : masculin-féminin (anima est confiée à la voix soprano, corpo à celle de ténor), donc grave-aigu (Marin Mersenne parle de « corps dans âme » en évoquant une basse sans dessus), mais encore forte-piano (dont les nuances s’écrivent pour la première fois dans les partitions), presto-adagio, dolce-amaro (révélé dans le nouveau langage harmonique qui vaut à Monteverdi le pamphlet d’Artusi sur les errance de la musica moderna…), voire guerrier-amoureux, où l’on retrouve l’ambivalence de l’âme humaine, telle que le même Claudio lui donnera ses lettres de noblesse avec son dernier livre de madrigaux canti guerrieri ed amorosi.
Les compositeurs de musique instrumentale, tels Dario Castello ou Biagio Marini, qui furent tous deux au service de Monteverdi à St Marc de Venise, ne furent pas en reste quant à l’expression de ces contrastes, nonobstant l’absence de texte dans leur musique.
L’instrument se fait alors « miroir » de la voix, tant sur le plan sonore que dans la conduite du discours.
Les hardiesses harmoniques d'un Marco Antonio Ferro sont dans la lignée des expérimentations madrigalistiques d'un Gesualdo, et trouvent leur pendant vocal avec les lamenti d'une Barbara Strozzi.
La poétique discursive d'un Matthias Weckmann témoigne de l'héritage italo-germanique légué par Heinrich Schütz, lui même redevable de ses jeunes années vénitiennes, et de son notoire retour dans la cité des doges deux décennies plus tard.
Qu'ils aient été chanteurs, souffleurs, violonistes, organistes ou théorbistes, italiens ou allemands, homme ou femme ... tous ces artistes créateurs s'accordèrent sur la déclaration du 5ème livre de Monteverdi ("le compositeur moderne crée sur les fondements de la vérité"), exprimant l'inventivité débordante de leur génération, à travers les entrelacs infinis de l'âme et du corps humain.