La Fenice en Allemagne!

23 août 2009: Mariendrebber (Niedersachsen)
Psalmen Davids: Psaumes de David et la manière italienne dans l'Allemagne du XVIIème siècle

Psalmen Davids - Mariendrebber

La musique du Psautier en Allemagne à la naissance du baroque.
Œuvres de Heinrich Schütz, Christoph Bernhard, Matthias Weckmann, Dietrich Buxtehude, Nicolaus Bruhns.

Le « Livre des Louanges » du roi David fut au cours de l'histoire de la musique occidentale, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, un des derniers recueils de l'Ancien Testament à être mis en musique polyphonique. La tradition chrétienne en avait glorifié l'expression individuelle d'un roi, perpétrée depuis Saint Grégoire dans la musique du plain chant monacal. Les 150 psaumes de louange seraient chantés une fois par semaine, répartis dans tous les offices liturgiques de la journée.

Ce n'est qu'au tournant du XVe siècle que Josquin Desprès mit en musique deux des sept psaumes de pénitence, « Miserere mei » et « De Profundis Clamavi ». Cette innovation connut une approbation de ses contemporains, confortée d'une part par la découverte de l'imprimerie musicale (Venise, 1501), d'autre part par un théologien admirateur notoire de la musique de Josquin, et premier traducteur de la Bible en allemand : Martin Luther.
À travers Luther, le mouvement de la Réforme allait concilier deux pratiques musicales fondamentales : la monodie, héritée du chant grégorien et intégrée dans le « choral » allemand (ou en langue vernaculaire), ainsi que la polyphonie à 4 voix caractéristique de la renaissance, dans une répartition des voix (soprano, alto, ténor, basse) que J.S. Bach conservera encore dans ses « cantates ».
C'est dans ce contexte de relative nouveauté que la musique allemande du siècle suivant va entretenir et développer son engouement pour les « Psalmen Davids ». Entre-temps, l'événement cristallisé autour de l'année 1600 a vu naître une musique nouvelle, un « stilo nuovo » venu d'Italie ; il fait la part belle à la monodie, mais également aux instruments qui l'accompagnent, transformant la polyphonie vocale en une toile harmonique instrumentale. Une aubaine pour les compositeurs de cette musique que l'on appellera baroque... : les instruments si fréquemment mentionnés au cours des 150 psaumes, qu'ils soient à vent ou à cordes (organo, cymbalo, psalterio, tuba, cornu, timpanis, etc...) se retrouvent, dans leur transposition chronoligue (orgue, clavecin, luths, cornets, violons, etc...) réunis afin de louer le Seigneur sur les psaumes de David ; les textes y sont alors déclamés par la voix de discantus, voire de « ténor », celle-là même qui chantait la « teneur » dans la musique polyphonique, également nommé « vox naturalis », voix naturelle de l'homme, symbole de la voix du roi David s'accompagnant lui-même de sa harpe.
Par le biais de la personnalité de Heinrich Schütz va s'opérer la fusion entre le « stylus luxurians » venu d'Italie, et la tradition du choral germanique. Élève de Giovanni Gabrieli à Venise (où il retournera plus tard afin d'y éditer ses sinfoniae sacrae, et y rencontrera Claudio Monteverdi), il deviendra très vite le maître convoité par de talentueux disciples ; parmi ceux-ci, et non des moindres, Christoph Bernhard et Matthias Weckmann, dont les œuvres furent copiées par la suite de la main de J.S. Bach. Le trait d'union avec le fameux cantor se verra concrétisé à travers deux compositeurs organistes qui témoignent de la richesse et l'aboutissement de l'écriture du « stilo concertato » en Allemagne : Nicolaus Bruhns et Dietrich Buxtehude, pour lequel le jeune Jean-Sébastien effectuera le fameux voyage (à pied) à Lübeck. Nul doute que ce qu'il y entendit durant plusieurs semaines resta gravé dans sa mémoire, et qu'il s'en souvint encore à Leipzig, au moment d'écrire le choral de sa cantate dominicale. L'œuvre de Martin Luther allait encore connaître de riches heures musicales...


Distribution:
Ténor    Hans Jörg Mammel
Cornets  Jean Tubéry, Gebhard David
Violons  Stéphanie Pfister, Katharina Heutjer
Harpe    Angélique Mauillon
Basson    Christophe Lewandowski
Violoncelle    Félix Knecht
Viole de gambe    Martin Bauer
Théorbe    Juan Sebastian Lima
Orgue    David Van Bouwel